Voitures électriques : prennent-elles vraiment plus feu que les thermiques ?
Photo : Juliancolton, domaine public, Wikimedia Commons
Les données européennes officielles répondent : à parc égal, un thermique a 4 à 20 fois plus de chances de s'enflammer qu'une électrique.
Chaque incendie de voiture électrique fait la une des journaux. Mais que disent vraiment les chiffres ? En France, 344 250 voitures électriques ont été immatriculées en 2025, soit 19.5 % du marché. Les études européennes s'accordent : à parc égal, une voiture thermique a 4 à 20 fois plus de chances de prendre feu qu'une électrique.
Les données qui tranchent : l'exemple suédois
La référence la plus solide vient de la Suède, où l'autorité nationale de protection civile (MSB) publie chaque année des statistiques précises sur les incendies de véhicules. En 2022, 23 incendies ont touché les 611 000 véhicules électriques du parc suédois, soit 3,8 incendies pour 100 000 véhicules. Sur la même période, les voitures à essence et diesel ont enregistré environ 3 400 incendies pour 4,4 millions de véhicules, soit 77 pour 100 000 : vingt fois plus. Et ce ratio s'améliore d'année en année : le parc électrique a presque doublé depuis 2020 sans hausse proportionnelle des sinistres.
La Norvège confirme la tendance. Selon les données de terrain 2025, les véhicules électriques représentent environ 28 % du parc mais ne pèsent que 7 % des incendies de voitures : soit une sous-représentation d'un facteur 4. À l'échelle mondiale, l’ICCT recense moins de 500 incendies liés à la batterie sur l'ensemble des VE en circulation depuis 2010, pour un parc estimé à 40 millions d'unités fin 2024, soit un taux d'environ 1 sinistre pour 100 000 véhicules.
| Pays et source | Incendies VE / 100 000 | Incendies thermiques / 100 000 | Rapport |
|---|---|---|---|
| Suède (MSB, 2022) | 3,8 | 77 | x 20 |
| Norvège (données agrégées, 2025) | nc | nc | x 4 environ |
| Monde (ICCT / EV FireSafe, 2024) | environ 1 | nd | nd |
nc = non communiqué sous forme de taux absolu ; nd = non disponible. Sources : MSB Suède, EV FireSafe, ICCT (oct. 2024).
Pourquoi les électriques brûlent moins souvent
Un moteur thermique embarque plusieurs litres de carburant sous pression, une huile moteur à haute température et un catalyseur pouvant dépasser 800 °C. Ces facteurs d'ignition disparaissent sur une électrique. Sans réservoir, sans courroie de distribution et sans injection haute pression, les causes d'inflammation les plus fréquentes n'existent tout simplement pas. Les statistiques d'incendie portent de plus souvent sur des véhicules anciens présentant des défauts mécaniques ou électriques : un segment dans lequel les VE, plus récents en moyenne et dotés de systèmes de gestion batterie embarqués (BMS), sont nettement sous-représentés.

Le revers à ne pas minorer : l'emballement thermique
Si les VE brûlent moins souvent, les incendies de batteries lithium-ion obéissent à une dynamique différente qu'il serait malhonnête de taire. Un emballement thermique (thermal runaway) peut se déclencher après un choc violent ou suite à un défaut de cellule, parfois plusieurs heures après l'accident. Il est difficile à éteindre, nécessite de grandes quantités d'eau et peut reprendre. Les pompiers européens adaptent leurs protocoles en conséquence, avec des procédures spécifiques de refroidissement prolongé.
Par ailleurs, les hybrides rechargeables (PHEV) et hybrides simples (HEV) combinent bloc thermique et batterie. Les chiffres disponibles sur les PHEV sont plus hétérogènes selon les études et méritent d'être lus avec prudence. Ce que nos données montrent sur les PHEV en usage réel ne concerne pas directement le risque incendie, mais illustre la complexité de cette catégorie.
En France : 344 250 électriques immatriculées en 2025
Dans notre base, 344 250 voitures électriques ont été immatriculées en France en 2025 (19.5 % du marché, 164 modèles référencés). Le parc cumulé atteignait environ 1,3 million d'unités en circulation fin 2024 selon l'Avere-France. L'ampleur du parc rend la question de la sécurité incendie légitime. Les données disponibles confirment que le risque de sinistre par véhicule reste nettement inférieur à celui des thermiques. Aucune statistique officielle française publiée à ce jour ne contredit ce constat.
Pour mémoire, le risque incendie n'est qu'un critère parmi d'autres. L’empreinte de fabrication reste un poste à considérer, et notre classement des empreintes cycle de vie montre que toutes les électriques ne se valent pas sur ce plan. L'électrique bénéficie par ailleurs du bonus écologique et est exonérée du malus CO2 2026.
Ce que ça change pour vous
Le risque incendie ne devrait pas peser dans le choix d'une motorisation : les données montrent qu'il est, en pratique, plus faible pour une électrique que pour une thermique. Les autres critères restent déterminants : usage, kilométrage, accès à la recharge et coût total de possession. Notre guide de choix par usage et le bilan du marché électrique permettent d'affiner le choix. Sur la sécurité incendie en revanche, le verdict des chiffres est sans ambiguïté : l'électrique n'est pas plus dangereuse que la thermique. Elle l'est même nettement moins souvent.
Sources et méthode
- MSB (Suède), rapport sur les incendies de véhicules électriques 2018-2023 : https://www.msb.se/sv/publikationer/sammanstallning-av-brander-i-elfordon-och-eltransportmedel-2018-2023/
- ICCT, analyse du risque incendie des véhicules électriques (octobre 2024) : https://theicct.org/clearing-the-air-evs-could-bring-lower-fire-risk-oct24/
- EV FireSafe, base de données mondiale des incendies de véhicules électriques : https://www.evfiresafe.com/ev-battery-fire-data
- SDES, immatriculations des véhicules routiers : https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/immatriculation-des-vehicules-routiers
- Avere-France, baromètre des immatriculations de véhicules électriques : https://www.avere-france.org/barometres/
Toutes les valeurs propres à ce site sont calculées à partir de notre base, reconstruite deux fois par mois ; méthode et limites détaillées sur la page Méthodologie & à propos.


